Le jardin de curé, c’est moi tout craché. Bordélique et révolté de nature, cette culture hors normes me convenait comme un gant !! C’est beau, plein de charme mystique, presque irréel, surtout en face de ces alignements de jardins sans vie Et malgré tout, paradoxalement, tout y est calculé au millimètre près. Oui, c’était vraiment cela que j’avais envie de recréer sur ces deux ares de terrain sans vie...

Pour un premier essai, cela a été plutôt détonnant.
 
Voici une rapide description du jardin floral (partie avant) :
Quatre carrés entourent une placette centrale. Chaque carré est planté dans une couleur différente (un carré en rouge), les autres respectivement en bleu, jaune et blanc) avec un mélange de fleurs.

En complément, y ont été introduits des légumes adaptés aux couleurs. Par exemple, des cardes rouges, un plant de tomate cerise et du basilic pourpre s’intègrent très bien dans le carré rouge. Des choux-fleurs, de la lavande et de l’artichaut dans le carré blanc… Des tomates cerises jaunes dans le jaune…
On peut cheminer tout autour des carrés. Entourant ces derniers, une ceinture de fleurs géantes (cosmos, giroflées, lupins, mais aussi tournesols rouges, jaunes et oranges et autres fleurs plus petites« clôturent » le jardin. Cobées, ipomées et autres suzannes s’accrochent également sur la pergola, qu’il a fallu franchir au coupe-coupe en fin de saison !! Le pauvre chèvrefeuille, premier arrivé, à été complètement noyé par les lianes…

Une bonne cinquantaine de fleurs diverses à ainsi composé ce jardin floral durant l’année dernière. Ainsi qu’une vingtaine de plantes aromatiques (livèche, cerfeuil, ciboulette, menthe coq, poivrée, marocaine, angélique, thym, romarin, rue, origan, etc.).


Cette année, il y en aura nettement moins car l’exubérance florale y est réellement difficilement contrôlable.
En particulier après les semaines de pluie qui nous ont gâtées en 2002!! De plus, les voisins n’ont pas trop apprécié, quant les tournesols de 4 mètres se sont affalés dans leurs potagers après quelques fortes rafales de vent…
 
Quant à la partie potagère , j’ai essayé de diviser les différentes variétés de légumes en quatre « planches » égales. Ceci afin de favoriser les rotations.

Sur la première planche, de part et d’autre du chemin, se trouvent les radis, carottes, poireaux, céleris… et de l’aneth et des mufliers. A ce sujet, vous constaterez que des fleurs et des plantes aromatiques, il y en a partout dans ce potager. Pourquoi ? Un bon voisinage légumes-fleurs offre non seulement un aspect très esthétique, mais souvent un remède biologique. Par exemple, en plantant des capucines entre les rangées de légumes ou même ou pied des arbres, elles évitent de ce fait de les voir s’acharner sur les légumes.

Et cela a vraiment bien fonctionné ! (Hélas, cela n’a pas empêché l’oïdium et le mildiou de ravager les tomates, les melons et les concombres !!).

Sur la deuxième planche, des haricots « nains », des cardes, de la bourrache, de l’épinard et des haricots grimpants «à rame ». Ces derniers, qui s’enroulent autours de piquets de deux mètres cinquante en compagnie de haricots d’Espagne et de pois de senteurs qui ont attiré en masse les abeilles pollinisatrices du potager et du jardin…La réunion de ces piquets en forme de tente indienne constitua un élément de décoration très original…qui a longtemps intrigué mes confrères jardiniers.

Autant dire que ces tipis, rajoutés aux tournesols, et aux innombrables fleurs dans le potager faisaient de ce jardin une véritable provocation par rapport à l’orthodoxie ambiante !!
On le voyait vraiment de très loin… et cela a bien fait grincer quelques dents.
 
Sur la troisième planche, se trouvent (trouvaient), toujours de part et d’autre de l’allée centrale, des plants de tomates, des melons (grimpants sur un grillage, absents sur la photo pour cause de maladie), des concombres, des courgettes et des poivrons.Entre les pieds de tomates ont été planté des roses d’Inde jaunes, et des capucines entre les pieds de melon et de concombre. Ainsi que des plants de basilic entre les tomates, les concombres, et au pied des poivrons.


Enfin, sur la quatrième et dernière planche, les crucifères (les choux) fermaient le ban, entourés par les reines-marguerite, le fenouil et les tournesols nains.

Des tagettes, reines marguerites et autres mufliers nains ont fait une très jolie bordure tout au long du chemin principal du potager…
 
Dans l’ensemble, pour une première année, cela a été une assez bonne réussite. Bien que le mauvais temps aie favorisé l’apparition de maladies et … de mauvaises herbes (qui poussaient à une vitesse infernale !!).

Ce jardin, somme toute, a été une bonne expérience. Il y a eu quelques gros ratés. En particulier les tournesols et certaines fleurs qui sont parties en hauteur bien plus que prévue.
Globalement, grâce à la pluie qui n’ a pas cessé de tomber des semaines durant, le jardin est devenu bien plus sauvage que je ne l’aurais souhaité au départ.

Quand je revois les photos, il est vrai que dans ce jardin a régné un certain fouillis.
Mais alors, pourquoi a-t-il été si plaisant ? Car tout l’été durant, les gens s’y sont baladés bien plus souvent que d’accoutumée. Peut-être parce que cela a été un jardin aux mille odeurs où l’on pouvait se promener dans un décor aux couleurs désordonnées. De l’avis général, il en a émané une impression de profusion mais aussi et surtout une sensation de calme prospère.
Un lieu où l’on m’a dit que beaucoup se sentaient rassurés…

Sortir des chemins battus a été le but de ce pari. Pari réussi, le jardin a d’ailleurs été primé lors du concours annuel.

Mais surtout, et c’est ce qui me fait le plus de plaisir, cette année-ci, on voit une véritable explosion de jardins « familiaux » réellement différents !!

Alors que, jusqu’ ici, le jardin était presque exclusivement réservé aux hommes, qui y cultivaient les légumes (et rien que des légumes, à l’ancienne), cette année, enfin, les femmes et leur image, les fleurs, font une grande arrivée dans nos jardins ouvriers… Il y a de plus en plus de surfaces consacrées aux fleurs, aux herbes aromatiques, aux légumes rares et originaux…

En particulier chez les anciens (qui, quoi qu’on en dise, ne sont pas tous aussi rétrogrades que cela), et aussi chez certains nouveaux arrivants qui sont venus reconnaître les lieux l’année dernière.
Il y a aussi plus de nationalités et d’ethnies, chacune y apportant son cachet et ses coutumes. Parfois des légumes dont j’ignorais totalement l’existence, comme la cive ou le melon vert des Antilles…

Quel bonheur d’y circuler aujourd’hui! Fini l’uniformité dans une bonne partie des jardins…
A quant les cabanes ??

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