Kesako, un jardin familial ?
Un peu d’histoire
Les jardins familiaux, aujourd’hui et demain
Des nouveaux jardins collectifs
La fin des jardins de papa ? Même pas.
Conclusion : les jardins familiaux sont morts, vive les jardins collectifs



Késako, un jardin familial ?

En quelques mots, il s’agit d’une surface cultivée, close, constituée de parcelles d’environ 150 à 300 m2, souvent séparée des habitations. Les jardins sont dans leur majorité équipés d’une cabane et d’un robinet de puisage. La plupart du temps, les terrains appartiennent à des collectivités (municipalités le plus souvent), voire à des entreprises dans les anciens centres industriels, qui les viabilisent (eaux, abris, clôtures…). Leur fonction : permettre au citadin qui ne dispose pas de jardin de pratiquer sa passion du jardinage, d’y cultiver fruits, légumes et fleurs pour un usage strictement privé. Il est notamment interdit de faire commerce du fruit de son jardinage.

Les jardins ouvriers (qui s’appellent aujourd’hui jardins familiaux) sont gérés collectivement par des associations à but non lucratif.

C’est auprès de ces associations (ou parfois auprès des mairies) qu’il faut s’inscrire pour obtenir un lopin de terre à cultiver. La cotisation annuelle est généralement très modique (quelques dizaines d’euros).

Les critères d'attribution varient principalement selon la situation professionnelle, la situation familiale, le nombre d'enfants.

Bien entendu, chaque membre s’engage à respecter le règlement, qui est parfois très différent d’une association à l’autre. Mais au minimum, le jardinier doit cultiver son jardin et le maintenir propre, participer à l’entretien des parties communes et s’acquitter d’une redevance.



Un peu d’histoire :

Les jardins ouvriers sont nés vers la fin du XIXème siècle, pendant la première révolution industrielle, sous l’impulsion de l'abbé LEMIRE et du père VOLPETTE. Mais il existait bien d’autres formes (http://www.inti.be/ecotopie/potacoin.html) de jardins pour les pauvres, paysans ou ouvriers, et ce dès le XVIIème siècle.

L’idée de l’abbé Lemire (http://membres.lycos.fr/abbelemire) était de permettre aux ouvriers de louer dans les cités ouvrières d’alors un petit lopin de terre. Ces jardins permettaient aux ouvriers (souvent issus de l'exode rural) d'accéder à une source complémentaire de revenu tout en offrant une occupation de week-end "saine et morale".

En ces temps où la condition ouvrière était si dure sur les plans du logement, de l'hygiène, de l'alimentation, et des loisirs, les jardins ouvriers devinrent très vite indispensables. Dans toutes les villes ouvrières de France, les jardins ouvriers ont façonnés l’histoire, les mémoires et le patrimoine. Car ils ont été les témoins de notre histoire industrielle et urbaine, à laquelle ils sont indissociablement liés.

Lieux d'expression privilégiés de la culture populaire et ouvrière, les jardins ouvriers ont constitué (et constituent encore parfois) de formidables lieux de savoir-faire, de sociabilité et de solidarité.

Ils ont connus leur apogée à la fin de la seconde guerre mondiale, avec plus de 700 000 membres !! En 1952, la loi du 26 juillet fusionna les catégories de jardins ouvriers, industriels et familiaux en une seule : celle des Jardins familiaux. Les Jardins des Cheminots, la Fédération Nationale des Jardins familiaux, ex La Ligue du Coin de Terre (www.jardins-familiaux.asso.fr) et la Société Nationale d'Horticulture de France, sont aujourd'hui les organismes les plus représentatifs des jardins familiaux.



Les jardins familiaux, aujourd’hui et demain :


Les jardins ouvriers actuels ne représentent plus guère que quelques 3000 hectares (développement de l'urbanisation, amélioration du niveau de vie, développement des résidences secondaires). Ils sont gérés par environ 920 associations, lesquels comptent près de 130 000 membres.

Dans bien des coins de France, de nombreux jardins restent en friche, envahis par les mauvaises herbes. Pourtant, paradoxalement, dans d’autres lieux, la demande de jardins n’a jamais été aussi forte. Pourquoi cela ?

Les jardins ouvriers, en un peu plus d'un siècle, se sont composés puis décomposés au rythme d'un processus d'industrialisation et de désindustrialisation. Poursuivant souvent les idées généreuses, mais traditionalistes (http://www.languedoc-roussillon.culture.gouv.fr/1901/Domaines/Sanit2.htm) des fondateurs des jardins ouvriers, une grande majorité d’associations recrute toujours et encore parmi une population ouvrière. Or, celle ci va en s’amenuisant au fil des années… et des fermetures d’usines. Par ailleurs, une grande partie des locataires des jardins ont largement dépassé l’âge de la retraite (http://www.ajfba.org/arcc08a.php3).

A l’aube du XXIème siècle, on jardine désormais plus pour ses loisirs, à tout âge, dans toutes les catégories sociales. Ce qui signifie que la culture des jardins est à présent principalement un passe-temps, même si les produits obtenus fournissent un surplus légumier agréable, et de surcroît naturel.

En particulier pour les chômeurs, car de plus en plus de sans-emploi s'inscrivent sur les listes d'attente Signe d'un retour à la fonction alimentaire originelle ? Oui et non.



Des nouveaux jardins collectifs :

Sur l' initiative de nombreux jardins familiaux, émerge une nouvelle dimension sociale et pédagogique (http://jardinons.com/cadrexp.htm). Ainsi, par exemple, face aux situations d’exclusion, des dizaines d’associations aident-elles aujourd’hui des exclus à reprendre pied au travers des jardins d’insertion (notamment les Jardins Cultivons la Solidarité, l'association Lortie (http://www.fnh.org/download/mp17-initiatives.pdf) les Jardins de la Solidarité, les Restaurants du Coeur ou les Jardins d'Aujourd'hui).

D’autres apprennent aux enfants comment poussent fruits et légumes (pas forcément dans les hypermarchés) ou à faire cohabiter solidairement des habitants d’un même quartier qui ne se connaissent pas (ou plus) :

D’autres encore laissent s’exprimer au travers de cultures très différentes, des familles étrangères, voire même des artistes.



La fin des jardins de papa ? Même pas :

Enfin, last, but not the last, certaines associations plus « traditionnelles » réussissent également avec beaucoup de bonheur (http://www.larepublique.com/news/archivestory.php/aid/4918/Les_jardins_familiaux,_ou_l%92annonce_d%92un_printemps_tant_d%E9sir%E9.html) là où les autres périclitent. Cela est dû pour l’essentiel à la vitalité et au dynamisme de leur organisation Chez elles, qui que l’on soit, d’où que l’on soit, et quoi que l’on soit, bio, naturel, lunaire, amateur, professionnel ou débutant, fouillis ou organisé, il y a toujours un jardin à travailler. C’est ce qui fait déjà une gigantesque différence par rapport à ceux qui se plaignent du manque de jardiniers.

De plus, ces associations se sont souvent organisées en groupement d'achats pour obtenir des tarifs préférentiels. De même, elles proposent à leurs membres des réductions dans divers commerces, organisent des fêtes qui entretiennent les relations (barbecue, repas conviviaux), créent ou participent à des manifestations locales. Quelques-une, parmi les plus organisées et les plus importantes éditent des bulletins d’informations et/ou des revues, permettent l’accès à de leur documentation ou à leur bibliothèque, organisent des voyages groupés (http://www.boisdarcy.fr/php/viewasso.php?assoc=83&back).

Ce sont des associations de ce type, innovantes et dynamiques, qui obtiennent maintenant le plus de succès. Au point que pour recevoir son jardin, il faut parfois d’abord devenir membre de l’association, puis attendre des années avant d’y pouvoir planter quoi que ce soit !!!



Conclusion : les jardins familiaux sont morts, vive les jardins collectifs

La caractéristique majeure de cette nouvelle donne est que le modèle unique du jardin ouvrier est en train de se fragmenter en de multiples niches. Au point qu’il sera bientôt nécessaire d’utiliser une expression autre que « jardins familiaux » pour nommer toutes ces formes de jardinage collectif
Les jardins familiaux de papa ont-ils vécus pour autant ?

Qu’importe, finalement, ces questions de sémantique. Pour la plupart des jardiniers, les ambitions restent simples : cultiver ce qu'ils aiment, côtoyer d'autres jardiniers, échanger des plants ou des idées. Retrouver le calme et la détente.




Sources :
Je me suis notamment inspiré d’un fabuleux dossier sur les jardins ouvriers, paru dans Transrural Initiatives : Je vous en recommande vivement la lecture. Passionnant !

www.globenet.org/tri/dossier-138/cultiver.html
Un autre dossier, tout aussi passionnant, consacré aux jardins familiaux de Mante-la-Jolie :
http://www.foncier.org/articles/73/73Fischer.html
Expériences d’agriculture urbaine en Belgique et en France :
http://www.ulb.ac.be/assoc/iv/bibliographie.html
Des jardins méconnus, les cités-jardins :
http://www.ac-rouen.fr/lycees/bruyeres/jardin/cites.html
Un dossier qu’il faut avoir lu, si l’on s’intéresse au jardins, une enquête de l’INRA dans les jardins ouvriers sur les Jardins, le Jardinage et l’autoconsommation alimentaire :
http://www.inra.fr/Internet/Departements/ESR/publications/iss/pdf/iss95-2.pdf
Et un petit dernier pour la route, qui recoupe un peu ce que vous avez peut-être lu ailleurs :
http://www.ville-blanc-mesnil.fr/lemensuel/jui-aout02/histoires/hisa.htm


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